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Une inauguration. Une occasion de reconnaissance et de promesses.
A vous les donateurs, à vous les bénévoles qui nous avez permis d’inaugurer le 28 octobre 2011 les nouveaux locaux de l’UTAN. Merci ! Pour serrer la vôtre, j’aimerais avoir mille mains droites. Comme je n’en ai qu’une, permettez-moi de serrer la vôtre mille fois. Merci de m’avoir donné l’occasion de penser à vous quant aux chants ouvriers je voyais monter des murs, se fermer des plafonds, tirer des câbles, aménager des locaux, … Finalement nous avons pu donner à une fillette - une de celles suivies individuellement par des bénévoles de l’UTAN – l’occasion de couper le ruban qui symboliquement nous livrait accès, pour un siècle peut-être, à cinq salles où l’on veut apprendre et savoir. C’est en présence d'Emilie Hoyos, présidente du Parlement Wallon, et de la Ministre Eliane Tilleux que l’événement fut célébré. Dans une salle de cours, le verre de l’amitié avait ce jour-là un goût de promesses.
Voici le mot prononcé, à cette occasion, par Paulin Duchesne
Inauguration officielle des nouveaux locaux de l’UTAN
(28 octobre 2011)
Voilà que je me souviens de ce quatrain de Victor Hugo :
Soyez comme l’oiseau posé pour un instant
Sur des rameaux trop frêles,
Qui sent ployer la branche et
Qui chante pourtant
Sachant qu’il a des ailes.
Ainsi se trouve assez bien résumée l’aventure de l’UTAN en ces lieux que nous inaugurons aujourd’hui.
Plus d’une fois nous avons senti ployer la branche.
L'année du 35e anniversaire de l’UTAN, nous avons investi ici, allant de mauvaise surprise en mauvaise surprise, quelque 350.000€. Vous savez, 350.000€ à sortir en deux mois, c'est beaucoup d'argent quand on ne roule pas sur l'or. Mais nous n'irons pas d'échafaudage en échafaudage jusqu'à l'échafaud même si lundi prochain un nouvel échafaudage, celui d'un ardoisier, cachera la façade du lieu où nous sommes.
Aujourd’hui, ce n’est pas d’ailes dont j’ai besoin mais de bras tendus.
Pas de ces bras tendus des tristes amoureuses dont parle le poète mais de bras accueillants et reconnaissants que je tends à vous toutes et à vous tous.
Arrivés à un âge où, carrière faite, beaucoup éprouvent le besoin de rejoindre l’école pour en faire non pas une fortification du troisième âge mais un lieu de dialogue, un "conservatoire" ouvert sur l'avenir, nous sommes tous un peu antiquaires.
On pourrait croire que c’est pour prendre soin d’un héritage vieux de plus de 300 ans que nous nous sommes intéressés à ce couvent du XVIIe siècle, qui est aussi à Namur le plus beau bâtiment de la rue de Bruxelles.
Ce serait sans doute très beau, mais ce serait aussi très faux. Le rôle de l’UTAN est de continuer à garder debout le plus longtemps possible le corps et l’esprit des personnes qui prennent des rides et non pas, prioritairement en tout cas, celui de contribuer à garder debout un bâtiment qui a pris de l’âge.
Ce n'est pas non plus parce que sainte Ursule, que l'on fête le 22 octobre, est la patronne de la Sorbonne (je parle de l'Université parisienne et non du café situé à 100 mètres d'ici).
En cheminant vers Dieu sait où (Dieu et nous quand même un peu aussi), il nous fallait un espace plus grand où planter notre tente. Nous l’avons trouvé à l’ombre de grands arbres : l’Université de Namur, le Parlement wallon, le Palais Provincial, l’Hôtel de Ville, la Cathédrale, bref au centre ville ici à l'Institut Sainte-Ursule. Nous en avons pris possession en tremblant parfois mais en nous disant toujours que Les seins ne sont jamais trop lourds pour la poitrine.
Ceci dit, nous remercions la main invisible - qui est peut-être simplement celle de la pénurie immobilière à Namur - de nous avoir conduits ici : sur moins d’1 km2, en plein centre ville s’élèvent une Université, plusieurs Hautes Écoles, une Université du troisième Âge, plusieurs écoles secondaires, primaires et maternelles. Comment ne pas voir là un signe du destin, une chance, une invitation, une prémonition peut-être de voir un jour naître à Namur un Centre de Réflexion qui s’intéresse à l’Ecole, une Ecole qui va de l’aube au crépuscule. L’école est un outil pour toute la vie qu’il faut approcher dans sa globalité.
Je voudrais qu’il aille dans ce sens-là le geste symbolique que nous allons poser en demandant à un enfant de l’Institut Sainte Ursule où nous prenons racine pour un siècle peut-être, de se joindre à moi pour couper la banderole aux couleurs de Namur et de l’UTAN afin que nous puissions ensemble gravir un escalier, symbole de la progression vers le savoir, de la transfiguration par la connaissance, dirions-nous si nous n'étions pas encore trop petits pour ne pas avoir peur des grands mots.
D'ailleurs un seul mot me suffit : Merci. Merci Mesdames, Messieurs, d'être venus ici à l'UTAN, sur le site des Ursulines, dire avec nous que la vie est à monter quel que soit notre âge et quel que soit le temps qu'il fait en nous.
Paulin Duchesne
Président de l'UTAN
L'UTAN, le Long Life Learning et l'Europe, 18 novembre 2011
On en a peut-être trop peu parlé : il y a trois mois un groupe européen composé d'Anglais, d'Espagnols, d'Italiens, de Luxembourgeois avec à leur tête les Belges de l'UTAN ont conduit à terme un travail de deux ans intitulé Les Mythologies dans le panier de la Ménagère.
Le 18 novembre dernier, notre président était appelé à prononcer un discours dans la petite localité d'Itzig (grand-duché de Luxembourg) où l'on clôturait l'expérience commune labellisée Long Life Learning.
Voici l'un ou l'autre extrait de ce message :
Les mythologies dans le panier de la ménagère
ou la leçon de Paul Fort et de Georges Brassens
« Du temps qu’on allait encore aux baleines, si loin qu’ ça faisait, mat’lot, pleurer nos belles, y avait sur chaque route un Jésus en croix, y avait des marquis couverts de dentelles, y avait la Sainte Vierge et y avait le Roi !
Du temps qu’on allait encore aux baleines, si loin qu’ça faisait, mat’lot, pleurer nos belles, y avait des marins qui avaient la foi, et des grands seigneurs qui crachaient sur elle, y avait la Sainte Vierge et y avait le Roi !
Et bien, à présent, tout le monde est content, c’est pas à dire mat’lot, mais on est content ! …. Y a plus de grands seigneurs ni de Jésus qui tiennent, y a la république et y a le président, et y a plus de baleines. »
Dans ce poème de Paul Fort, la baleine symbolise le mythe. La forme ovale du grand mammifère marin correspond à l’image obtenue par l’intersection de deux arcs de cercle qui représentent l’un le monde d’en haut, le ciel, l’autre le monde d’en bas, la terre qui fait face au ciel pour pouvoir lui parler de sa pénurie.
L’auteur oppose aussi deux mondes, celui où l’humanité était majoritairement interpellée par le surnaturel et celui d’aujourd’hui où cette humanité refuse de plus en plus à se poser la question de Valéry Larbaud : « Et si le mythe c’était la vérité » ?. Va dans le même sens que la vision du poète celle du philosophe Michel Serres qui, dans La légende des Anges, fait dialoguer deux personnages contrastés : Pantope, moderne, et Pia, vieillotte :
Elle : - « Matin, midi et soir, au passage de l’Archange qui ré-annonçait l’Annonciation : la conception, l’incarnation, la naissance de notre espérance (…). Matin, midi et soir, avec le repas qui la sustente, un messager annonce la Bonne Nouvelle, ce mystère joyeux de la vie ».
Lui : - « Matin, midi et soir, mieux que jadis et naguère faisaient les croyants, nous ne manquerons pas d’entendre et de voir les Nouvelles du monde. Nous ne mangeons plus sans elles … (il montre le téléviseur) ».
La conclusion tombe un peu plus loin : à 18 ans un jeune a déjà, en regardant la télévision, assisté à 18 000 meurtres en direct « Mauvais signe : dans son assiette, nul ne vomit ».
Nous ne sommes pas allés jusqu’à nous poser la question de E.M. Cioran dans Visages de la décadence : « Comment ne prévoir le moment où il n’y aura plus de religion, où l’homme, clair et vide, ne disposera plus d’aucun mot pour désigner ses gouffres ? ». Ni son contraire. «Si Dieu n'existait pas, il faudrait l'inventer» (Voltaire). Ni encore le cri de révolte de Jean Cocteau : « Les dieux existent : c’est le diable. »; « Pour que les dieux s’amusent beaucoup, il importe que leurs victimes tombent de haut. »
Nous nous sommes contentés de rajeunir les grandes mythologies européennes en les mettant au goût du jour, celui des biens de consommation et autres produits dans le panier de la ménagère. Quand nous boirons tout à l'heure un verre de vin, nous saurons que nous tiendrons en main un des plus vieux des dieux, Dionysos sorti de la cuisse de Jupiter. A moins qu'on ne nous serve un verre de bière, la boisson servie par les Walkyries aux héros du Walhalla.
Dans notre recherche, nous nous sommes demandé comment introduire un peu plus de merveilleux dans la réalité quotidienne. Le tout est de savoir si le mythe, la légende et le conte peuvent encore retrouver ne serait-ce qu’un peu de ce pouvoir passé qu’il prenait jadis sur les hommes. Voilà ce que nous avons voulu savoir en souhaitant confusément peut-être que la réponse soit « oui » car nous sommes d’une génération qui tendance à prendre encore au sérieux la mise en garde de Michel de Ghelderode (Choses et gens de chez nous). « A Ypres, on ne trouve plus l’odeur du passé, la patine, la résonance … le malheur est qu’une fois brisée la chaîne qui relie au passé, il devient impossible de renouer. C’est pourquoi il faut accorder la plus fervente attention aux choses qui s’en vont, en ce temps surtout qui voit mourir un monde dont nous sommes ». (…)
Nous n’avons certainement pas fini de nous dire que nos ancêtres Grecs, Romains, Celtes, Scandinaves, Germains, Slaves voyaient dans l’homme plus que l’homme et qu’ils ne se contentaient pas de vivre et de mourir biologiquement. Comment allons-nous utiliser cet héritage européen ? Si par malheur un jour nous étions incapablesde croire encore aux mythes ne serions-nous pas menacés par notre intelligence ? C’est ce que croit un des hommes les plus intelligents de France, Hubert Reeves que j'ai entendu ces jours-ci s'exprimer sur une chaîne française. (…)
Leo Moulin, ce grand ami avec qui j’ai souvent parlé de mythologie, avait l’habitude de dire « Ce qui fait l’Europe, le lien qui unit la plus prestigieuse diversité, et la plus riche que l’histoire ait connue, est sa culture. Pas son passé contrasté, agressé, agressif, qui a fait surgir, dans son sein, tout au long des siècles, cent conflits inexpiables, dont maintes cicatrices sont encore vivantes. Pas sa géographie de petite péninsule accrochée au massif asiatique, qui ne sait pas où s’affirment ses frontières. Sa culture, seule, peut la définir, ses valeurs culturelles. Une culture qui n’est pas héritière eulement de Rome et d’Athènes mais qui a assimilé, siècle après siècle, les apports slaves, celtiques, germaniques, scandinaves, judéo arabes. »
Que voilà une chose que nous avons aussi comprise. Nous voici aujourd'hui bien plus européens et, en ce qui me concerne, moi Belge convaincu, aujourd'hui ici au grand-duché, bien plus Luxembourgeois qu'avant.
Paulin Duchesne
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